
« L’ardoise, c’est un nom d’usage. Le nom exact de la roche, c’est du schiste ardoisier. Car tous les schistes n’ont pas la qualité ardoisière », explique le directeur de la maison des Minéraux à Crozon (Finistère), Armel Ménez. « En breton, elle s’appelle maen glas, la pierre bleue », rappelle Catherine Sparta, directrice de l’écomusée des monts d’Arrée.
« L’ardoise, c’est un nom d’usage. Le nom exact de la roche, c’est du schiste ardoisier. Car tous les schistes n’ont pas la qualité ardoisière », explique le directeur de la maison des Minéraux à Crozon (Finistère), Armel Ménez. « En breton, elle s’appelle maen glas, la pierre bleue », rappelle Catherine Sparta, directrice de l’écomusée des monts d’Arrée.
Tout commence dans un océan, entre 460 et 365 millions d’années en arrière. Des boues argileuses se déposent au fond de la mer, qui recouvre alors ce qui deviendra la pointe bretonne. Puis cette boue est recouverte par d’autres matériaux. Elle est compactée et transformée en une roche, l’argilite. Ce n’est pas encore du schiste.
Armel Ménez poursuit : « L’argilite est devenue du schiste lors d’un événement majeur en Bretagne, et en Europe : la création de la chaîne de montagne hercynienne, il y a 320 millions d’années. » Cette chaîne de montagne, c’est le lointain ancêtre de nos monts d’Arrée, à l’époque où ils étaient aussi hauts que l’Himalaya.

L’ardoisière du moulin Neuf à Motreff, vers 1919. | COLLECTIONS MUSÉE DE BRETAGNE ET ÉCOMUSÉE DE LA BINTINAIS/ LE BIHAN.
On trouve de nombreux gisements de schiste ardoisier dans le Finistère. « Dans le Finistère nord, il y en a un peu autour de Morlaix, mais pas dans le Léon, détaille Armel Ménez. Il n’y en a pas non plus dans le Finistère sud. Tout se passe au centre, entre Landivisiau et les Montagnes noires. La plus grande formation est le bassin de Châteaulin : elle fait 70 km environ, de Châteaulin au nord de Rostrenen. Carhaix est le centre de ce bassin ardoisier. »
L’ardoise du bassin de Châteaulin est plus fine que celle extraite dans les monts d’Arrée, qu’on appelle l’ardoise rustique. Pour la directrice de l’Écomusée des monts d’Arrée, « l’ardoise des monts d’Arrée est extrêmement friable, elle est constituée de couches très fines. On la taille donc épaisse pour que ça soit solide. Elle est aussi plus bleue. Et s’orne de reflets irisés, comme le mica. Une teinte qu’on ne trouve pas sur l’ardoise de Châteaulin, plus anthracite et plus unie ».
L’ardoise est exploitée depuis le XVe siècle autour de Châteaulin. En 1842, l’ouverture du canal de Nantes à Brest facilite le transport de la pierre bleue. Les ardoisières fleurissent le long du canal. « Jusqu’au milieu du XIXe siècle, le Finistère reste le département ardoisier de Bretagne, écrit Lena Gourmelen dans son ouvrage L’Ardoise en Bretagne. Les ardoisières emploient un nombre relativement important d’ouvriers, puisqu’on en compte jusqu’à 558 en 1841. » Progressivement, l’épicentre des carrières d’ardoises se déplace vers l’est.
L’activité décline au XXe siècle, avec la concurrence des ardoisières de Trélazé, à côté d’Angers, puis des carrières espagnoles en Galice. Dès la fin du XIXe siècle, beaucoup d’ouvriers bretons partent travailler dans les carrières de Trélazé, formant une communauté bretonnante.
Héritier de cette émigration ouvrière, le bagad Men Glaz de Trélazé existe encore aujourd’hui. « À Angers, on a exploité des schistes de 460 millions d’années, précise Armel Ménez. On a des schistes formés au même moment en presqu’île de Crozon, mais ils ne sont pas de qualité ardoisière. »
À Locquirec, une ardoisière avec vue sur mer
L’ancienne carrière d’ardoises se trouve à la pointe de la presqu’île, au bout d’un sentier d’1,5 km qui longe la côte.
Dans les monts d’Arrée, le pays des ardoises rustiques
En se baladant le long des crêtes des monts d’Arrée, notamment sur le Roc’h Trevezel, on peut encore voir les traces de l’exploitation de l’ardoise : ici, des accumulations de débris de schiste ; là, des petits lacs dans la roche. Ce ne sont pas des cavités naturelles mais les excavations des ardoisiers.
Puis, rendez-vous sur les sites de l’Écomusée des monts d’Arrée pour observer de près le travail des ardoisiers. « Toutes nos toitures sont en ardoise rustique, souligne la directrice des lieux. C’est l’un des rares endroits où l’on peut se rendre sous les toits et voir le travail des couvreurs. Les ardoises sont posées à pureaux décroissants : de grandes ardoises en bas du toit, de 40 à 50 cm long. Puis le rang suivant les recouvre aux deux tiers. Et plus on monte dans la toiture, plus les ardoises sont courtes. En haut, elles mesurent à peine 10 cm. »
La maison Cornec, à Saint-Rivoal, est ouverte de 11 h à 13 h et de 14 h à 18 h, sauf le samedi. Les moulins de Kerouat à Commana sont ouverts jusqu’au 18 septembre. Puis le site fermera un an pour travaux.
Dans le bassin de Châteaulin, partout des traces du passé ardoisier
Il suffit de se balader le long du canal de Nantes à Brest, pour repérer des traces de l’exploitation de l’ardoise. À côté du pont Ti Men à Gouezec, se dresse la silhouette du Victor. Ce chaland a été tiré des eaux du canal en 2003. Construit en 1893 à Nantes, il a sombré en décembre 1932, chargé d’une cargaison de 100 tonnes… d’ardoises bien sûr !

La maison Cornec, à Saint-Rivoal, est ouverte de 11 h à 13 h et de 14 h à 18 h, sauf le samedi. Les moulins de Kerouat à Commana sont ouverts jusqu’au 18 septembre. Puis le site fermera un an pour travaux. Dans le bassin de Châteaulin, partout des traces du passé ardoisier Il suffit de se balader le long du canal de Nantes à Brest, pour repérer des traces de l’exploitation de l’ardoise. À côté du pont Ti Men à Gouezec, se dresse la silhouette du Victor. Ce chaland a été tiré des eaux du canal en 2003. Construit en 1893 à Nantes, il a sombré en décembre 1932, chargé d’une cargaison de 100 tonnes… d’ardoises bien sûr !
À parcourir également, le circuit de randonnée des ardoisières à Motreff (15 km) ou le sentier d’interprétation de la vallée des ardoisières à Maël-Carhaix, dans les Côtes-d’Armor (2 km).
En presqu’île de Crozon, du schiste et des fossiles
Si le schiste de la presqu’île de Crozon n’a pas servi à tailler des ardoises, il affleure partout. Sur la plage du Veryac’h à Crozon, il forme près de 600 mètres de falaises sombres. Et offre un défi : chercher des fossiles d’animaux marins.
Car « le schiste est un super matériau pour fossiliser la vie sous-marine, apprécie Armel Ménez. En passant la tête par une fenêtre de toit chez un ami à Morlaix, j’ai vu un trilobite dans une ardoise ». Cet animal marin a disparu il y a 250 millions d’années. Des fossiles à observer et à laisser sur place : la plage du Veryac’h fait partie d’une réserve géologique.
La visite de la maison des Minéraux de Crozon permet d’en savoir un peu plus sur la formation du schiste. À l’extérieur, le Jardin insolithe présente une rivière en schiste ardoisier de Maël-Carhaix.
Ouverte de 10 h à 12 h et de 14 h à 17 h, du lundi au vendredi et le dimanche après-midi.
Source: Ouest-France
Author: Aurore TOULON
Photography: Aurore TOULON