L’ardoise naturelle, emblématique de la Bretagne va-t-elle disparaître des toitures bretonnes ?

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Elle est indissociable des constructions traditionnelles bretonnes, pourtant l’ardoise n’est plus produite dans la région. Elle est importée et désormais en concurrence avec d’autres types de matériau de couverture. Ces changements de pratiques associés aux difficultés de recrutement que traverse la profession de couvreur vont-ils accélérer la disparition des ardoises sur les toits bretons ?

Exploitée depuis le XVIème siècle, dans le Finistère et en Centre Bretagne, l’ardoise a fait vivre jusqu’à un millier d’ouvriers dans les années 20. Un or bleu que l’on retrouve sur les toits des Invalides, le Château de Vincennes ou encore du Parlement de Bretagne.

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Mais cette époque est révolue, les mines bretonnes ont fermé, celle de Maël-Carhaix en 2000, celles de Trélazé, près d’Angers en 2014… L’ardoise vient désormais d’Espagne. Dans cette entreprise de négoce spécialisée dans les matériaux de couverture, des palettes et des palettes d’ardoises, toutes en provenance de Galice.

98% de la production mondiale est espagnole

Et depuis le Covid, les prix se sont envolés. Il faut prévoir un coût à l’unité compris entre 60 centimes et 3 euros HT. De quoi booster la vente des imitations d’ardoise en fibro ciment, 30% moins chères. Pascal Boultareau, commercial ADG Ouest Profils rappelle que ce sont des ardoises qui n’ont plus d’amiante et dont la pose est plus rapide. Reste que sa durée de vie ne vaut pas celle de l’ardoise naturelle.

L’entreprise ADG Ouest Profils vendait jusqu’au début des années 2000, 80 à 90 % d’ardoises naturelles et plus que 50% aujourd’hui. Les imitations en fibro ciment séduisent car elles sont 30% moins chères.

Le métier n’attire pas

Et une autre difficulté touche le secteur, c’est le recrutement des couvreurs. Ils sont trop peu nombreux. C’est l’une des 30 professions considérées comme étant en tension en Bretagne. Selon les chefs d’entreprise, 95% des intentions d’embauche sont impossibles à satisfaire.

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Une pénurie de main d’œuvre qui a beaucoup retardé les chantiers de Christian Outil, couvreur à son compte depuis 34 ans. Pendant très longtemps, il a eu neuf à dix salariés, puis cinq, suite à des départs en retraite ou des changements de vie. Sur ce chantier à Pluduno dans les Côtes d’Armor, le devis de remplacement de la couverture d’une maison particiulière a été signé il y a plus de deux ans.

 

» J’ai été de nombreux mois à refuser des marchés et à refuser du travail parce qu’il me manquait de personnel. Il me faudrait quatre à cinq gars supplémentaires. «

Christian Outil (Couvreur)

 

La profession très physique et soumise aux intempéries peine donc à attirer, on le voit dans les centres de formation. Au CFA Bâtiment sur le campus de Plérin dans les Côtes d’Armor, sa directrice Edwige Pantais, explique qu’elle est en cours de recrutement des apprentis pour la rentrée 2025.

 

» On a 28 offres d’emploi en apprentissage pour 11 candidats «

Edwige Pantais (directrice du CFA Bâtiment à Plérin)

 

Et les carnets de commandes sont pourtant bien remplis

Damien lui, n’avait aucune expérience en couverture. Il travaillait dans l’agroalimentaire. Il a eu envie de changer. Il a été embauché sans formation, il y a deux mois par Christian Outil et apprend sur le tas avec l’équipe. «On n’avait pas le choix, explique le patron, on avait un carnet de commandes très très rempli et du retard… donc je n’avais pas le choix que de trouver des gens comme ça (…) Et petit à petit, ils progressent».

Ces nouvelles vocations contribueront peut être à faire perdurer ce savoir faire ancestral… qui depuis des centaines d’années met en valeur ce matériau naturel emblématique et résistant.

 

Source: franceinfo:

Autor: Nathalie Rossignol

Photo: © FTV

 

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